Jean-Paul Delevoye, Président de la commission nationale d’investiture chargée de désigner les candidats d’En Marche !

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Yannick Barbier de Bompard interviewe Jean-Paul Delevoye à l’Institut de Gestion Sociale de Paris.

L’interview Presse écrite se situe sous la version audio.

Jean-Paul Delevoye bonjour. Je rappelle que vous avez été Ministre notamment de la fonction publique. Vous avez présidé le Conseil Economique Social et Environnemental (CESE) et vous êtes à ce jour Président de la Commission d’investiture du mouvement EN MARCHE en vue des législatives. En préambule de notre entretien, pouvez vous nous faire part de vos motivation qui vous ont poussé à rejoindre Emmanuel Macron ?

Je suis gauliste social, dans la lignée de Jacques Chirac et Philippe Seguin, et je trouvais extrêmement cynique la complaisance avec laquelle les partis traditionnels aient accepté que Marine Le Pen soit au second tour. ça leur permettait de ne faire qu’un tour. La seconde est que je dénonçais l’hypocrisie de l’offre politique qui consistait à faire des majorités de calculs et de conquêtes de pouvoir.

La gauche ne s’entendait pas. La fracture est Europe. Il y a dans le pays une gauche anti-européenne, des insoumis de Mélanchon et de Hamon qui n’a rien à voir avec la gauche de Valls et de Hollande.

Et à droite, on a la même hypocrisie de l’offre. Il y a des gens qui s’entendent pour conquérir ou garder un pouvoir ; et des gens qui ont des différences de conviction. Et l’opinion avait parfaitement compris ce décalage.

Et c’est la raison pour laquelle, exprimant un désaveu de la classe politique, les françaises et les français sont éminemment politique, et en ont assez des politiciens. Et on ne leur offrait que deux perspectives : le populisme à travers Marine Le Pen ou l’abstention.

Et lorsque j’ai vu se mettre en place Monsieur Macron créant une nouvelle offre politique basée notamment sur une dynamique citoyenne, moi qui suis beaucoup investi dans l’énergie citoyenne, dans l’intelligence citoyenne, dans les forums citoyens. Je crois que la force des territoires doit compenser la faiblesse des Etats, que l’intelligence des citoyens va renforcer la dynamique politique. J’ai tout de suite manifesté mon intérêt et j’ai soutenu Monsieur Juppé. Monsieur Juppé ayant été battu, je n’ai jamais cru en la capacité de mettre en application le programme trop droitier de Monsieur Fillon. Et qui plus est je contestais les primaires qui, par définition, donne à la gauche le candidat qui correspond au militantisme de gauche mais pas à la France.

Et donne à la droite le candidat qui correspond au militantisme de droite mais pas à la France.

Et on est obligé presque de radicaliser un peu les programmes.

Et je pensais, toujours par rapport à Madame Le Pen, peut être d’un second tour avec Monsieur Macron, Monsieur Fillon ; qui avait l’avantage sur le plan international de pouvoir montrer que la France était capable de supplanter son populisme et d’avoir un débat sur un projet de société porté par l’un et par l’autre.

Et puis lorsqu’à démarrer ce qu’on appelle maintenant le Pénélope Gate, convaincu que la confiance ne se conquiert que par l’exemplarité des gens, j’ai soutenu de manière extrêmement forte Monsieur Macron qui a souhaité me donner la présidence de la commission nationale d’investiture.

Et en réalité ce qui est EN MARCHE, sans faire de jeu de mot, c’est une clarification de l’offre politique et une réorganisation d’une nouvelle offre politique basé sur une majorité de projets et non pas sur une majorité de rejets.

Les autres partis politiques sont plutôt verrouillés. Au contraire EN MARCHE permet de devenir adhérent gratuitement, rejoindre ou créer son propre comité et ainsi pouvoir s’investir dans les minutes qui suivent presque. Pourquoi avoir décidé de laisser une si large autonomie à tous ceux souhaitant apporter leur pierre à l’édifice Macron ?

Alors vous avez raison dans votre diagnostic. En réalité nous n’avons pas de passé historique. Il y a dix mois le mouvement ne comptait que zéro adhérent, là il y en a plus de 190 000, pas loin de 200 000, et donc nous n’avions pas la capacité d’avoir une analyse locale d’un appareil militant existant pour pouvoir porter un certain nombre de candidatures. Et en même temps nous voulons tourner le dos à cette culture du parti qui consiste lorsque vous poussiez la porte d’un parti de droite, on vous demandait éventuellement quel courant vous souteniez, ou quelle personne vous souteniez. On avait le même problème à gauche. Nous nous sommes vraiment basés sur le soutien et l’adhésion au projet politique et au projet de société.

Et pour se faire Emmanuel Macron a souhaité laisser libre ouvert l’expression d’un engagement citoyen pour porter les couleurs d’EN MARCHE au niveau des législatives. Nous sommes passés de 7 000 à 13 000 candidatures en très peu de temps. Chaque candidature est recevable et analysée par rapport au profil de la circonscription et nous avons un certain nombre de critères généraux.

Emmanuel Macron est très soucieux du respect de la parité 50%, très soucieux du respect de la société civile. Nous souhaitons que 50% des candidatures soient des expressions de première candidature aux législatives et très soucieux de l’adhésion au projet politique et de la pluralité de l’offre des candidats de façon à représenter de la façon la plus large possible la société française.

Alors qu’aujourd’hui le procès qui est fait à l’assemblée nationale et au sénat de ne pas être suffisamment représentatif. Et donc nous sommes extrêmement impressionnés par cette forme, cette expression d’engagement citoyen. Beaucoup de candidatures sont de très grande qualité avec d’ailleurs une difficulté du choix puisque nous avons 13 000 candidatures, 577 circonscriptions, et donc comment faire en sorte que nous puissions sur celles et ceux que nous ne recevons pas, transformer cela en capacité militante d’animation d’un mouvement, parce qu’aujourd’hui partout en France des comités se créent, des forums se créent, des débats ont lieu et une réorganisation et une réappropriation des citoyens du projet politique EN MARCHE.

C’est donc une formidable force qui est en route et qui doit aboutir à ce que dans la désignation des candidats nous puissions avoir la victoire à la présidentielle, puis une majorité présidentielle à l’assemblée nationale stable, basée sur un corps central de la société civile auquel viendra se greffer un réceptacle de gens venus plutôt de la droite, un réceptacle de gens venus plutôt de la gauche ; de façon à créer un ensemble extrêmement puissant dans la volonté de réformer ce pays.

Pierre De Villiers, Chef d’Etat Major des Armées, fait régulièrement part que la France n’a pas accordé suffisamment de budget pour les opérations militaires. Or la menace se diversifie : les avions russes pénètrent de plus en plus dans des zones aériennes européennes non autorisées.

Comment l’Etat Major permanent que vous comptez créé, qui est au programme, va t il s’articuler et comment le dialogue va t il s’engager avec Vladimir Poutine ?

La question que vous posez

un projet politique ne vaut que par rapport aux réponses qu’il apporte par rapport aux défis.

Et l’on voit bien qu’aujourd’hui Monsieur Trump lance un défi sur l’Europe, sur l’islam, sur le dollar, sur les négociations internationales, sur la défense avec l’OTAN et qu’à l’évidence la dimension des problèmes impose la dimension des réponses. Cette dimension européenne est plus nécessaire que jamais. Emmanuel Macron est d’ailleurs le seul candidat à porter fort un projet européen.

Deuxième élément effectivement la nature des attaques dont nous pourrons faire l’objet que ce soit sur le terrorisme, et on n’en parle pas beaucoup des attaques à caractère informatique. Nous voyons bien que même le vice président de Microsoft demande une Suisse digitale parce que nous sommes aujourd’hui très consternés par le fait de voir des hackers influencer les élections américaines, vouloir influencer les élections françaises, avoir déstabiliser le réseau de distribution électrique de l’Ukraine, avoir totalement déstabilisé Sony en 2014.

Et aujourd’hui les entreprises françaises ne sont pas suffisamment alertes et avisés sur le niveau de protection qu’elles doivent avoir sur leurs systèmes informatiques.

Et donc nous nous souhaitons avoir comme réflexion effectivement le moyen de pouvoir avoir une vision diplomatique au niveau européen, une capacité d’intervention dans lequel les dépenses militaires pourraient être mutualisés à l’échelon européen et la volonté de nouer la paix avec, comme nous avons fait avec l’Allemagne, l’Europe de l’est et les pays de l’Afrique.

Et notamment la tentative d’Emmanuel Macron par rapport à l’Algérie, par rapport au Maroc et c’est quelque chose d’extrêmement important.

C’est d’autant plus important que nous sommes dans un moment où la Chine devient un facteur de stabilité et où les Etats Unis deviennent un facteur d’instabilité. Et si nous n’avons pas une réflexion sur les défis, nous aurons une espèce de flou sur les moyens pour y répondre et on va toujours analyser le budget de la défense en fonction d’un pourcentage de PIB et non pas en fonction des investissements que nous devons réaliser pour garantir à nos concitoyens et nos concitoyennes le moyen soit d’empêcher l’avancée de la barbarie que nous avons eu au Mali ou ailleurs.

C’est une approche globale et cohérente, certes il y a cette problématique de défense mais il y a peut être des problématiques de prévention et aussi des problématiques d’éducation.

et on voit bien que sur le phénomène le plus troublant qui est aujourd’hui le terrorisme, la radicalisation donne effectivement parfois tendance à vouloir construire des prisons alors qu’on a peut être intérêt à investir dans des écoles et dans l’éducation.

D’où l’intérêt d’Emmanuel Macron de vouloir diviser par deux le nombre d’élèves dans les classes de ZEP.
Donc on voit bien que la problématique de la défense s’inscrit dans un projet politique global qui consiste à privilégier la prévention, la réparation, pour préparer la paix préparons la guerre.

Et puis quelque chose qui doit aussi informer nos concitoyens aujourd’hui, hier en période de guerre nos concitoyens étaient protégés par les traités internationaux. Aujourd’hui en guerre informatique les citoyens sont les premières victimes.

Pour accélérer l’intégration vous prévoyez des créer des emplois francs pour les quartiers prioritaires. Pouvez vous nous en dire davantage ?

C’est un enjeu stratégique qui est au cœur du programme présidentiel d’Emmanuel Macron qui est totalement convaincu que la dignité de l’homme passe par le travail. Et qu’aujourd’hui on voit bien que tous les plans de lutte contre le chômage ont parfaitement ignoré que sur un chômage structurel avec l’inadéquation de l’offre et de l’absence de formations professionnelles, le délais de latence entre deux CDD

Et bien nous avons 4,5% de chômage lié à cela et l’OCDE vient de rendre un avis dans lequel sur les 10% de chômage, 9% étaient dû à des effets structurels et donc l’on voit bien que tous les discours qui consistent à dire on abaisse les charges, on investit dans l’apprentissage ne sont pas suffisants par rapport au fait qu’aujourd’hui nous avons un double problème : un ralentissement de la croissance pas seulement par l’absence de marché mais une absence de compétences, je ne cesse de rencontrer des chefs d’entreprises et notamment dans le domaine informatique qui déplorent de devoir aller à l’étranger pour trouver les compétences qu’ils n’ont pas.

Mais aussi en même temps une fracture sociale qui est en train de se développer sur celles et ceux qui n’ont pas de formation et de diplôme qui sont enfermés dans une pause de chômage qui est extrêmement préoccupante.

Et Emmanuel Macron a le soucis plutôt que de compenser l’handicap, d’offrir aux entreprises de prendre en charge  la totalité des charges pendant trois ans pour toute embauche d’un jeune des quartiers.

Et c’est quelque chose d’essentiel car si l’on créé pour un jeune l’espérance d’avoir une place au sein de la société, d’être reconnu sur le plan social par un emploi et de permettre à une entreprise d’alléger les charges pour favoriser son retour d’investissement sur ce jeune.

Il risque d’y avoir d’heureuses surprises avec un cercle vertueux car un jeune a qui on offre une espérance alors qu’il l’a perdu, peut être extrêmement performant dans sa motivation et l’on a parfois des réussites de jeunes de quartier qui sont parfois exemplaires.

Les français sont inquiets pour leur santé notamment depuis les diverses annonces du candidat Fillon. Quelles sont les mesures que vous prévoyez pour rassurer ceux qui restent encore sceptiques ?

On voit bien que toute la problématique de Monsieur Fillon, ce sont des anciennes recettes.

moins de fonctionnaires, moins de dépense publique, la remise en cause des petits risques et des gros risques.

La méthode d’Emmanuel Macron, parce qu’il n’y a pas uniquement le projet, il y a aussi la méthode et de dire que nous voulons dans le respect du déficit européen avoir une trajectoire de maitrise des dépenses et il n’y aurait aucune remise en cause des paramètres existants mais presque par un grenelle de négociations, comme vous voyez il y a des décisions de courts termes qui doivent être prises dans les 6 mois : flexibilité du code du travail, assurance chômage, ..

Nous voyons bien que sur d’autres, d’abord sur les problématiques de retraite et de santé, c’est comment faire avec l’arrivée du numérique de voir comment nous pouvons faire en sorte qu’il y ait une prévention plus forte, un accompagnement plus fort du traitement des soins et peut être de se poser la vraie question de ce qui doit relever et ce qui ne doit pas en relever ; de remettre l’Etat au cœur d’un partenariat avec les complémentaires et les mutuelles, pour regarder très concrètement les bons parcours de soins, investir dans les politiques de prévention et de responsabiliser les professionnels.

Et je crois que c’est cela la méthode de Monsieur Emmanuel Macron, ça n’est pas de vouloir imposer avec des chiffres et des contraintes. C’est de vouloir responsabiliser le patient, l’acteur de la santé et le gestionnaire de santé pour dire comment pouvons nous relever le défi de la maitrise de déficits et de la qualité des soins.

Les entreprises souffrent d’un manque de compétitivité. Quelles sont vos mesures phares pour simplifier le travail des entrepreneurs pour que ceux-ci se consacrent enfin uniquement à leur cœur de métier ?

La cible du projet d’Emmanuel Macron c’est :

1 – la classe moyenne, de toutes les mesures taxes d’habitation pour améliorer le pouvoir d’achat

2 – et l’autre cible c’est l’émancipation de l’individu et l’entrepreneur

Nous rentrons dans une société où tout le monde sera de plus en plus entrepreneur, soit au sein d’une entreprise, soit lui-même (l’auto-entrepreneur).

Et donc il est important d’alléger les charges et c’est toute une série de dispositions qui sont prises pour complétement abaisser le coût du travail en France.

Deuxième élément nous voyons bien qu’il y a une réflexion sur la fiscalité pour orienter le capital sur l’investissement et non pas sur la rente.
Ce qui est un drame de la France.

Troisième élément c’est d’avoir un vrai débat collectif. Le travail ne peut pas porter sur ces épaules le financement de la santé et de la retraite.

C’est tout l’objectif d’Emmanuel Macron de redonner du pouvoir d’achat aux salariés.

Le salarié aura quelques centaines d’euros de plus par mois par la prise en charge et le transfert de la CSG de cotisations sociales et chaque employeur verra s’abaisser le coût de son salaire brut par la prise en charge des cotisations patronales.

Et enfin de regarder comment on peut stimuler la recherche, stimuler l’innovation, favoriser l’innovation y compris les pratiques du service public pour faire en sorte que l’intelligence administrative puisse se mettre au service de celles et ceux qui innovent, inventent, créent.

Votre sixième et dernier chantier concerne le plan international. La France souffre d’un déficit commercial de l’ordre de 48 milliards d’euros. L’Afrique représente aujourd’hui une vraie opportunité à la vue des fonds verts et fonds bleus qui arrivent suite à la COB22. Comment comptez vous inciter les entreprises françaises à y exporter tout en leur garantissant d’être payés comme cela est prévu dans les accords de Lomé ?

On met toujours l’accent sur le déficit budgétaire. Ce déficit a souvent été camouflé par les grandes commandes

puisque l’on voit bien que l’une des raisons de l’augmentation des déficits a été le retard des livraisons d’Airbus, et le recul de nos exploitations agricoles avec notamment l’embargo avec la Russie.

Et l’on voit bien que s’il y a une stratégie c’est de développer cette vitalité de petites et moyennes entreprises, de faire qu’elles aient le goût de l’exportation, de faire en sorte que les grands groupes soient des partenaires de ces petites PME et non souvent des gens qui les utilisent et même les enferment dans un partage de valeurs ajoutées à leur profit.

Et nous avons absolument besoin de retrouver le goût de l’aventure, de la prise de risques et l’accompagnement à l’investissement à l’étranger.

Vous avez mille fois raisons sur l’importance de l’Afrique d’où la volonté qu’à Emmanuel Macron d’apaiser les tensions avec l’Algérie, de retrouver une pacification avec le continent africain qui tourne le dos à la France dominante.

Passons plutôt à la France partenaire.

L’Afrique est l’un des continents les plus prometteurs de demain.

Et la France a les plus belles pépites en dimension internationale, sur la maitrise de l’énergie.

 

 

 

 

contact pour une interview : marketing@newmediaproduction.org

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